Le problème central...

 




     « La plus utile et la moins avancée de toutes les connaissances humaines
 me paraît être celle de l'homme et j'ose dire que la seule inscription du temple de Delphes contenait un précepte plus important et plus difficile que tous les gros livres des moralistes. »

 

                                                                Jean-Jacques Rousseau

 

 

    « Connais-toi toi-même »
 

    ...non point pour s'enfermer dans une contemplation stérile de soi-même, précisément, mais pour aller au-delà de ce qui nous enchaîne.


      Ce petit ouvrage de réflexion n'est pas destiné à un aréopage de philosophes.
Il est destiné en réalité à chacun d'entre nous...

 

 

                                               *


 



      Problème central dans la nature humaine...

 

 

   Confronté à tous les problèmes de la vie, on sent très bien qu'on est pris dans un tourbillon.

Quelle illusion pour l'individu que d'espérer se construire une niche dans laquelle il sera, sinon provisoirement heureux, du moins à l'abri. Vous pouvez être très riche ou même très protégé, où que vous soyez le désordre social vous atteindra : car nous vivons dans un monde de relations.

Il y a donc nécessité à s'intéresser à le rendre harmonieux, ou à s'en rapprocher.

   Dans un esprit de logique, efforçons-nous de mettre en évidence dans un premier temps les causes, les mécanismes créateurs de problèmes, divisions et conflits.

Ensuite, nous dirons un mot sur la manière de s'en extraire et de gérer la confusion actuelle, en partant de ce point de vue nouveau. (Ce sera la dernière partie de l'ouvrage.)

 

 

Une cause simple mais enfouie .

 

   Les êtres humains ont toujours opté pour une vision courte des problèmes, sans doute à cause d'une attitude individualiste dominante.

Aujourd'hui plus que jamais nous sommes dans la confusion quand il s'agit de trouver un remède à la dérive de l'aventure humaine et de ses valeurs. Chacun est tenté d'avancer de nombreuses explications mais elles ne sont que partielles ou secondaires, et au bout du compte nous demeurons en désaccord.

Car y a-t-il plusieurs causes aux multiples problèmes sociaux et individuels, ou bien une cause commune, répercutée différemment selon chaque domaine de la vie ?

 

On pourrait dire : '' multiples problèmes '' ====> '' multiples causes '' .

 

Par exemple, il y a les problèmes matériels, mais il y a aussi les nombreux problèmes de relation entre les êtres humains. Mais ces derniers n'ont-ils-pas provoqué (ou du moins n'amplifient-ils pas) les premiers cités, pourrait-on déjà faire remarquer.


L'intérêt de remonter à la source, aussi longtemps qu'on peut la suivre, est que :

 

. on finit par cerner l'origine des nombreux fléaux et dégâts qu'elle provoque.

. on arrête par conséquent d'appliquer à ces problèmes aux mille têtes des

  solutions partielles, précipitées et dans le vague (qui s'avèrent inadéquates    ou désastreuses à long terme).

. plus on remonte à sa source, plus le problème est simple à régler. 
  - vérité absolue -

  Aussi, il sera réglé définitivement.


   En somme, n'y-a-t-il pas un tronc commun de responsabilité, une cause centrale en quelque sorte qui fait se répercuter sans arrêt les problèmes de la même façon, et qu'on oublie de considérer parce qu'on ne l'a pas remarquée (on est assis dessus) ou qu'on la croit immuable...

 

Il me semble en effet que tous nos problèmes humains sont le résultat d'une mentalité jamais abordée ni discutée.

N'avançons pas de manière abstraite que c'est « l'égoïsme », explication vague aux connotations moralistes voire religieuses.

Non, il faut en trouver la cause profonde et voir comment elle opère dans tous les domaines de la vie, aux niveaux individuel et collectif. Cette observation est instructive et peut seule favoriser un déblocage de la problématique sociale.

 

----------> Le soutènement de cette mentalité est une attitude

de Peur intérieure qui persiste inutilement au fond

de chaque individu,

ainsi que je vais m'employer à le montrer.

 

 

L'origine de la Peur .

 

( à partir d'ici, le mot ''Peur'' avec une majuscule désigne le caractère   fondamental de celle-ci.)

 

   Dans un premier temps nous décrirons la nature de cette Peur-origine. Puis nous verrons quels sont les mécanismes et automatismes qu'elle engendre.

Dans la seconde partie de ce livre, nous examinerons comment la Peur individuelle et collective a créé les innombrables problèmes de la vie : les conséquences fâcheuses de cette ''cause-origine'' dans notre mode de vie.

Mais, tout d'abord, voyons en quoi cette peur consiste.

 

 

                                                * * *

 

 

  A la racine de la Peur se trouve l'instinct de survie animal - mais qui s'est fourvoyé...

  Remontons un instant à l'histoire la plus reculée de l'être humain, afin de saisir dans ses grandes lignes le parcours de sa personnalité d'aujourd'hui.

  Au départ, tout être exprime un besoin naturel de survie au plan physique et matériel, mais aussi de liberté sensorielle et relationnelle. En d'autres mots, un besoin normal de confort général, qui est nécessaire en effet à l'épanouissement pour autant que l'équilibre global en est respecté.
(Ni pas assez, ni trop...).

Or, souvenons-nous de cette époque éloignée où, pour pour l'homme-animal, ça n'était pas chose aisée que de survivre à la surface de la Terre, au sein du monde animal.

L'on vivait une situation dangereuse pour sa vie : les denrées de base étaient encore rares ou difficiles à produire et, pour cela même, l'individu se trouvait qui plus est dans un état de concurrence à l'égard des autres espèces, ainsi qu'à l'intérieur de son propre groupe.

Pour ces deux raisons, les êtres vivants développèrent souvent un comportement de rivalité, entretenu au fil des millénaires. Certaines espèces constituèrent même des proies pour d'autres et ainsi s'établit la fameuse chaîne animale.

La nécessité de survivre, un état de fait de concurrence, puis de rivalité et donc de danger, créèrent au fond des consciences animales un état de stress profond,

un traumatisme qu'il convient de nommer d'un mot : la « Peur ».

La Peur pour soi, la Peur du lendemain, la Peur envers « les autres ».

 

 

Une mentalité désuète passée dans l'instinct.

 

   L'être humain naissant n'échappa pas à ces implications.

L'individu vécut donc constamment sous l'emprise de la Peur, tant et si bien que celle-ci s'est intégrée à l'instinct et qu'elle se transmet à travers l'éducation et la culture - et là est tout le problème.

   Mais, de nos jours, cet instinct de Peur est désuet : à défaut d'une véritable harmonie dans le monde animal ( la chaîne animale est certes un équilibre mais on ne saurait trop la qualifier d'harmonie), l'être humain s'est virtuellement débarrassé de la concurrence avec les autres espèces. Et cela n'est pas rien : quelle tranquillité d'esprit cela procure !

D'autre part la survie matérielle au sein du groupe humain, elle aussi, ne constitue plus un problème et ne devrait plus être source de rivalités. En effet, l'espèce humaine dispose à présent d'une telle facilité à produire les denrées de base nécessaires à la vie de chacun (et ce malgré l'énorme population, qu'il faut décroitre) qu'une autre préoccupation vitale a soulagé l'être humain.

- Si vous avez bien lu le paragraphe ci-dessus, il en ressort ce fait sans précédent :

 

SI LES RESSOURCES NATURELLES SONT GEREES NORMALEMENT
ET INTELLIGEMMENT, IL Y A MOYEN POUR TOUT ETRE HUMAIN DE VIVRE, HEUREUX, SANS TOUTE CETTE MASSE D'ANXIETE, DE CONFLITS SOCIAUX ET DE TRAVAIL QUE CHACUN D'ENTRE NOUS CONNAIT EN CE MOMENT .

 

Il est très important de lire et comprendre cette dernière remarque car la quasi-totalité des humains, si lettrés ou experts en économie soient-ils, ne l'a pas encore réalisée.

 

 

 

Un tournant manqué.

 

   Donc, au lieu de tirer profit de la situation nouvelle qui s'offrait à lui, l'homme a continué de vivre dans une société compétitive.
Au lieu que de commencer à organiser l'univers ambiant au mieux des possibilités, développer des relations constructives avec la nature et les autres espèces animales, l'homme s'est jeté en avant poussé par son instinct de Peur : se vautrant toujours mieux dans les rivalités et les conflits internes au groupe...

 

Alors, comment cela s'est-il produit ?

  A ce stade historique (c'est-à-dire jusqu'à aujourd'hui!) comment l'homme n'a-t-il pas encore vu qu'il agissait contre son propre épanouissement en maintenant une société de division et un mode de vie compétitif ?

C'est, bien malgré lui pourrait-on dire, du fait de la survivance de cette Habitude multi-millénaire : l'instinct, l'automatisme de ''concurrence-peur-protection''.

Pris dans un engrenage qui a suscité l'isolement des individus entre eux, il est bien difficile d'arrêter la machine, d'autant que le processus est en grande partie inconscient.

Mais, au-delà d'être une mentalité et un instinct, c'est plus encore d'une simple Habitude ancrée en nous dont il nous faut parler.

C'est en tant que telle qu'il nous importe de l'aborder et d'y faire face.

 

 

La difficulté d'y voir clair.

 

   A la base de tous les problèmes sociaux et relationnels se trouve la Peur conditionnée, laquelle maintient notre ''capacité d'inattention'', notre indifférence envers l'autre.

C'est elle qui est responsable de la fragmentation dans la société et en l'individu.

 

   Je souligne que cette attitude de Peur intérieure, cette cause centrale, nous ne la percevons que de manière inconsciente et feutrée. Elle agit sur nous comme une mentalité, c'est-à-dire à notre insu; elle nous anime.

Etant partagée collectivement, la pression n'en est que plus forte de lui obéir et de la qualifier de « normale ». Elle se manifeste par un réflexe défensif, protectionniste, de méfiance, de rivalité, d'ambition, etc, qui peut prendre des formes assez subtiles.

Comme nous le verrons dans la seconde partie de l'ouvrage, la culture ambiante quelle qu'elle soit - et les habitudes ont habillé cette Peur et ses stratégies de ''vêtements'' plus ou moins respectables et l'ont banalisée, et c'est à travers eux qu'elle se manifeste.

   Aussi l'être poussé par cet instinct ne s'en rendra-t-il compte que très subtilement au début, s'il s'interroge et s'observe agir.
(En devenant attentif à ces stratégies, on devient dans le même temps beaucoup plus attentif à l'autre. Sensibilité et humanité se ravivent...)

   A cause de la Peur de « l'autre, potentiellement dangereux », la nature a été perçue « menaçante » dans les premiers âges. L'être humain s'est ainsi coupé de la Nature et de sa nature même... Cette perte de sensibilité envers la vibration de la nature fait qu'il s'est enfermé dans une sphère mentale puis intellectuelle de nos jours : ignorance anthropo-centrique, agitation permanente et insensée, où l'homme ne s'intéresse qu'à l'homme pour l'essentiel; et stagne dans un égocentrisme cupide et prédateur envers cette mère nature.

Véritable perte d'équilibre qui lui sera fatale.

 

   En démasquant la Peur, profondément enfouie, nous mettons à jour cette partie inférieure de notre conscience qui est la source de tant de de conflits sociaux et de souffrances. Nous comprenons comment celle-ci a influencé tous nos modes de vie et nos cultures diverses, et nous nous mettons en position de pouvoir enfin l'aborder et en débattre.

C'est alors la chance pour l'être humain d'aller à la rencontre de son destin.

 

A présent, comment dépister cette Peur ridicule qui sépare et déchire encore les êtres humains : quelles sont les formes qu'elle revêt chez l'individu et dans la vie de l'homme moderne ?


Mais avant de l'évoquer et de la dépeindre, penchons-nous d'abord sur notre

  Nature humaine fondamentale...