Nature humaine conditionnée.

 

    


        3 - Présentation du Conditionnement asocial contemporain.         

             ( 3ème "strate" de la nature humaine conditionnée)

 

  Ces conditionnements contemporains ne sont que la projection subtile, dans l'intellect plus développé de l'Homme moderne, des conditionnements archaïques vus plus haut. Ils s'additionnent et se prolongent. Ils procèdent par abstraction intellectuelle et imagination.

 

Le développement de l'intellect humain a permis l'élaboration du langage et d'une grande capacité d'anticipation et de raisonnement. Toutefois, cette capacité de penser et de raisonnement est distordue par la survivance, chez l'Homme actuel, d'instincts archaïques inaperçus par lui...



Différentes natures de pensée.


   La pensée d'ordre pratique et objectif  est utile en tant que de besoin, pour le langage, l'expression, l'organisation matérielle, ou encore l'analyse d'un problème.
Mais une autre pensée, archaïque et stratégique, s'est immiscée dans l'intellect : initiée par la Peur conditionnée non encore éteinte dans l'inconscient de l'homme « moderne ».

Cette autre pensée de nature sécuritaire et égocentrique, ne vise qu'à la satisfaction inconsciente des conditionnements archaïques de l'individu ou du Groupe, en dehors de toute adéquation réelle. Elle est contre-productive au final.

Elle utilise l'intellect à cette fin, et s'avère pernicieuse lorsqu'elle s'immisce dans les rapports humains et dans un raisonnement. L'organisation sociale qui en découle s'avère conflictuelle à plus ou moins long terme. 

   Dès lors, sa grande capacité de savoir et de raisonnement ne signifie nullement que l'être humain raisonne bien pour autant. Car son raisonnement est souvent distordu par principe. Un univers mental s'est progressivement substitué à la réalité; l'être humain se voit gouverné par un univers d'idées et de symboles inobjectifs.
Cette pensée sécuritaire, toujours en éveil, lui ôte sa tranquillité, jusqu'à lui faire redouter le calme intérieur. Sa sensibilité est pervertie, sa liberté d'esprit considérablement atrophiée.


   Voici donc résumés les Conditionnements asociaux contemporains
(articles e à h) que cette 
pensée archaïque et sécuritaire a finalement créés dans l'intellect de l'Homme « moderne » :

 

e ) création d'illusions, de mythes et croyances :

  ...c'est-à-dire abstraction de certains éléments de la réalité, 
interprétations hâtives, instinctives et égocentriques. En sorte de faire concorder dans l'intellect les images effrayantes ou rassurantes, face à la vie, aux relations humaines, ou à l'univers méconnu. Même ébauchées de bonne foi, elles s'avèrent tôt ou tard nuisibles puisqu'elles se substituent à la réalité. Explications sécuritaires notamment, émanant de la Peur et de ses conditionnements.

   Un esprit attentif et sensible, et qui ne conclut pas trop rapidement, finirait par comprendre les composantes essentielles et réelles d'une situation ou d'une personne, au lieu d'avoir recours à des croyances et préjugés. Mais l'inclination à rejeter certains faits, à former des images peureuses, à nourrir de faux espoirs, à accepter les mythes, rumeurs et croyances, ainsi que la pression du Groupe (rassemblé autour de ces croyances...) sont un conditionnement sécuritaire très ancré dans l'inconscient de l'être humain...


   La croyance est asociale en ce sens qu'elle nous coupe de la réalité. Elle consiste à tenir pour vrai ce qui ne l'est pas, ce qui d'emblée pose problème on le voit. Il en résulte des comportements incohérents et inadaptés. De nos jours, on rencontre les croyances dans tous les domaines de la vie, sous la forme des préjugés ancrés les plus divers : dans les relations humaines, les explications religieuses, philosophiques, économiques, politiques, scientifiques; dans l'art et la culture, etc.


   Nées de l'ignorance, d'une peur quelconque devant une situation, ou bien encore de la manipulation, elles apportent des explications et une conclusion inobjectives. Elles sont à base d'imagination pour suppléer aux faits, à l'objectivité, au doute et à la patience...
Elles profitent souvent à ceux qui les pourvoient. Elle est alors une manière de prendre le pouvoir sur ses semblables, en abusant de leur crédulité. C'est dès lors un acte d'Agressivité qui ne dit pas son nom, au plan psychologique.


   Le besoin de mythes et de croyances est un conditionnement très ancré chez l'être humain, encore aujourd'hui. Même les gens nantis s'y rattachent, pour donner un sens illusoire à une vie dont ils ont perdu le sens, et dont le vide les effraie.
   La croyance est fruit de l'ignorance, certes, mais plus souvent de la Peur et de ses conditionnements.


   Les croyances toutefois ne sont pas anodines : elles aboutissent à déformer dangereusement la réalité, à tromper les gens et les jeunes esprits, et les
comportements sociaux qui en découlent sont erronés; inadaptés à la vie sociale, sans cohérence envers la dynamique de Vie.

C'est en ce sens qu'elles demandent à être dépassées, et remplacées par l'ouverture d'esprit, le doute, l'intelligence...

     

 

f ) les idéologies

     l'idéologie sociale et politique est une forme de croyance et de mythe, appliquée à la Peur 
sociale de l'individu et du Groupe, confrontés à la nécessité d'organiser la société. Elle est irréaliste et donc inefficace.

Ce sont des conceptions abstraites, des principes et un ensemble « d'idées-plus-ou-moins-logiques », car égocentriques, destinés à organiser un Groupe ou une société archaïque. 

Mais, en filigrane, les valeurs inconscientes et par défaut en sont le conditionnement de Groupe (voir plus haut), mélangé à toutes les bonnes intentions du monde que l'on voudra. C'est un phénomène quasi mécanique. Qu'il s'agisse de politique, de religion, d'économie, de science, de culture, de média, ..., et de tout Groupe humain qui se constitue.  L'idéologie est donc un tribalisme dans le domaine des idées.  /cqfd

On assiste à des positionnements opportunistes individuels autour de celle-ci : elle sécurise une place et une sécurité au sein d'un Groupe quelconque pour ceux qui y adhèrent, en théorie, sans souci d'objectivité.


   L'abstraction
 d'éléments essentiels de la réalité, humaine ou autre, la mise en avant de notions fausses et injustes, constituent son mode de fonctionnement pour se légitimer et s'imposer à tous.

Exclusions et dominations deviennent possibles et justifiablesau sein d'un Groupe, par le biais de ces idéologies, une fois qu'elles ont été acceptées ou imposées.
L'être-humain est malheureusement très friand de ces fadaises, héritages d'une conscience encore peu éclairée et coutumière des croyances. 

   Si elles permettent parfois de limiter l'agressivité de chacun, elles sont discréditées tôt ou tard par leur manque d'objectivité et les injustices qu'elles génèrent par ailleurs, à différents niveaux.


   Tout comme la croyance, l'idéologie est asociale en ce sens qu'elle nous coupe de la réalité et de tous ceux-là qui n'adhèrent pas à mon idéologie, à
mon Groupe, constitué autour de cette croyance ou idéologie...
Elle permet donc aussi d'identifier «l'autre», c'est-à-dire «celui-là qui n'est pas de mon Groupe». Ce qui est la porte ouverte à l'exclusion, à la persécution, ou, plus simplement, au laisser-faire, au lieu que de se dresser contre l'idéologie injuste et ses pourvoyeurs.

De manière gratuite, et dangereuse, le conditionnement subliminal de Groupe s'impose donc à l'idéologie. Il la précède et la structure : conformisme, hiérarchie, autorité et soumission, hermétisme ou sectarisme, affirmation et conquête d'un territoire dans le domaine des idées et des consciences ; étendre son influence idéologique, etc...
Ignorance, concurrence et Agressivité virtuelles envers les autres idéologies ou Groupes... tous les symptômes tribaux remis au goût du jour dans l'inconscient de l'homme « moderne » !

Les idéologies (explicites ou implicites, conscientes ou inconscientes) sont constituées de doctrines et systèmes favorables au Groupe ou au leader qui les conçoit, en faisant abstraction de certains éléments de la réalité humaine (faits et individus qui ne profitent pas à ce Groupe ou à sa hiérarchie).

L'idéologie, ce tronc commun d'idées arrêtées, constitue les fameuses « valeurs obligées » au sein d'un tel Groupe. Elle n'a prise que sur des individus conditionnés à leur insu sur ce mode archaïque.

 

   Les idéologies sont irréalistes et inefficaces, car favorables à chaque Groupe d'intérêts qui les conçoit. On aura ainsi autant d'idéologies que de Groupes et de sous-Groupes constitués. C'est un processus auto-productif et stérile, qui bloque les échanges de vue plus qu'il ne les favorise. La communication tourne en rapport de forces, entre partis ou partis pris multiples.

Non objectives dans l'ensemble, elles mélangent le vrai et le faux, le juste et l'injuste, à des degrés variables, au gré des intérêts dominants dans chaque culture archaïque. Elles constituent un parti pris, qui est une imposture en soi, au lieu d'une attitude de recherche et d'expérimentation.

Ces idéologies sont conformistes à l'intérieur : soumission de l'individu à ses idées et à une hiérarchie qui les impose;

et hermétiques envers l'extérieur : éloignement implicite, voire concurrence déclarée, envers ceux qui ne sont pas de mon idéologie et donc de mon Groupe. Rejet des dissidents sans examiner sincèrement leur point de vue.

L'intelligence individuelle est escamotée, et l'on ne souhaite plus raisonner qu'en tant que Groupe de pensée. C'est l'origine de la « pensée de Groupe » (''Group think'') implicite à un Groupe omnipotent, enfermé dans une vision fausse. Il n'y a plus de coopération réelle ou suffisante avec ses semblables au-delà de ce Groupe. Le déni est la règle. Gare!...


   L'idéologie est donc un mythe social et contemporain, une fiction égocentrique qui veut se substituer aux réalités au lieu de les prendre en compte. Elle exclut ainsi des éléments essentiels, humains et matériels. C'est pourquoi les idéologies ne marchent pas et font beaucoup de dégâts au final.

   Alors même qu'elle est inopérante, l'idéologie rassure et structure des individus peureux et relativement asociaux entre eux. Elle est perçue comme «un outil» (...si cher à l'être humain), une aide extérieure, une croyance sûre, une méthode salutaire... mais un leurre appliqué dans le domaine relationnel et social !
Tout comme la croyance, l'idéologie va se heurter au réel et le nier, pour imposer un mythe à sa place. Attention aux conséquences pour tout un chacun...


   * En conclusion, l'esprit de Groupe archaïque est la structure collective par défaut de l'être-humain conditionné / cqfd.  Cette vieille structure se projette en tout ou partie dans l'idéologie d'un Groupe, et dans toute organisation collective qui n'y prête pas attention, ce qui est le cas le plus souvent.

Inconsciemment, mécaniquement, et fort bêtement, l'idéologie (l'organisation sociale qu'elle projette) rejoue encore et toujours le même scénario archaïque !

Il en résulte un chaos social global, qui va de l'ignorance passive de « l'autre » (individu ou culture) à la concurrence stérile entre Groupes humains, jusqu'à la guerre et l'extermination physique de l'autre Groupe ou individu, au nom de telle ou telle idéologie...

Résurgences du grossier instinct de « lutte pour la survie » et d'Agressivité entre meutes et tribus. Elimimination consciencieuse du «corps étranger»...

  De nos jours, un statut social acquis au sein d'une administration, d'une entreprise ou d'un collectif quelconque, procèdent du même endoctrinement archaïque et grégaire de l'esprit. Nous l'exposerons plus concrêtement dans les chapitres qui suivent.

  L'idéologie est nocive car elle finit par s'intégrer sous forme de propagande dans le cerveau des jeunes générations, qui la valident et la substituent aux véritables relations humaines. Elle confère une ligne de conduite  rigide et sectaire aux esprits, qui craignent d'être marginalisés ou exclus du Groupe s'ils s'éloignent de celle-ci.
Elle donne un sens à la vie, rassurant mais trompeur, à des individus qui ont perdu le nord et se rattachent à elle.

   De surcroît, l'idéologie fige sa propre culture dans des schémas régressifs, anti-vie et ennuyeux. Elle ne s'occupe pas vraiment de gérer la réalité humaine : étant essentielle-ment soucieuse de maintenir en place les méthodes et les gens à qui elle profite; classe sociale, élite et autres acoquinements. Elle ne voit plus guère la réalité sociale ni les gens. 

   A l'égard des idéologies, l'on peut véritablement parler de violence idéologique faite aux individus. Même de bonne foi, l'on est aisément trompé par ce cocktail fâcheux du meilleur et du pire, que l'on prend pour argent comptant et qu'on finit par accepter. Il en résulte un conformisme violent dans la relation envers ses semblables, des stéréotypes déshuma-nisés au lieu d'une relation humaine réelle et sensible.

   Mais, si vous faites taire ce conditionnement, si l'idéologie disparaît, l'organisation sociale et quotidienne se fait alors plus simple et rationnelle. Elle tient compte des réalités, au lieu de les occulter en tout ou en partie.
Cette lucidité ne rompt pas le lien naturel et social qui nous relie à la Vie.

( Nous l'exposerons dans la dernière partie de l'ouvrage.)



g ) L 'Identité :

   ...est un processus d'identification de soi et des autres, certes, mais elle est surtout... un processus de séparation et de division d'avec « l'autre ».

C'est le sens aigu d'Identité, exagérément ancré.

Elle est, dans le caractère de l'individu, un agrégat psychologique de tous les

conditionnements archaïques et contemporains qui précèdent / cqfd.

Elle est une forme d'appropriation revendiquée au plan psychologique : statut personnel, Groupe, territoire, idéologie, etc.

Loin d'être originale, l'identité est en soi un conformisme qui s'ignore, au plan

individuel ou collectif.  «Etre identique à...»

 

   Car l'Identité n'est pas la vraie personnalité d'un individu ou d'une culture. L'identité contemporaine, pour simplifier, est l'équivalent du masque, des costumes et autres peintures de guerre de l'Homme archaïque : non pas simplement destinés à reconnaître des individus, mais visant à affirmer et à sécuriser une place au sein du Groupe humain, en proie aux rapports de forces. Une forme de cuirasse au plan social. 
En imposer « aux autres » pour être respecté; affirmer un statut et donc une place au sein d'un Groupe. Hélas, un tel processus d'identification de soi et d'autrui n'est rien d'autre qu'un processus de séparation et de division d'avec... « l'autre », sur le mode inégalitaire et concurrentiel.
L'identité est séparatrice et conflictuelle par nature : elle instaure "le moi" et le "non-moi" et rejette ce dernier tacitement. Elle empêche des relations égales, vivantes et créatives envers l'entourage. 

 

   Superposée à la personnalité, l'Identité, au final, est perçue par l'individu comme son être social réel et entier; chose que précisément elle n'est pas ! L'on se perd, en réalité, en accréditant que l'on est cette Identité. Ce formatage identitaire vient en fait restreindre et étouffer la personnalité belle et profonde d'une personne ou d'une culture...
 

   Très tôt dans la vie, nos cultures archaïques nous incitent à se forger une identité, sans laquelle nous n'existerions pas en apparence au sein d'un Groupe quelconque de cette société. Nous traversons la vie avec ce visage composite, mêlé de contours naturels agréables, et entaché de traits caractériels et superficiels qui se superposent pour le déformer. Nous pensons couramment  "cela c'est moi", accréditant cette image jour après jour et la colportant jusqu'à la fin de la vie...

L'endossement d'un tel caractère identitaire se fait au détriment de la vraie personnalité de l'individu, dont l'épanouissement est progressivement étouffé par des caractéristiques archaïques, supposées faire de lui un soi-disant adulte.

Voici pointée du doigt en réalité toute l'immaturité de « l'adulte »...
En tuant son âme d'enfant, l'adulte ne fait que proclamer le triomphe d'un archaïsme infantile. Perte de sensibilité envers l'Autre, affirmation d'une identité artificielle, par mimétisme social et instinctif. Repli dans les conditionnements archaïques les plus primaires. Il bâtit à son tour la société conflictuelle et s'y enferme, sans autre modèle de référence possible.

   Car l'Identité, individuelle ou collective, est la cristallisation psychologique de tout ou partie des conditionnements archaïques et contemporains. /cqfd

Elle est par essence une attitude asociale, qui se mélange à la personnalité sensible et profonde, mais finit par la détruire ou l'atrophier, et la déforme pour le moins.

 

   Nous terminerons par quelques exemples, pour favoriser compréhension et relecture de ce qui vient d'être dit. Les chapitres suivant l'éclaireront mieux encore.

   Il est commode de disposer d'un nom pour évoquer et reconnaître une personne, mais construire un sens d'Identité rigide et hermétique autour de cette identité est un appauvrissement considérable pour la personnalité. Il en résulte à moyen terme une mort intérieure, une perte de sensibilité, et des conflits relationnels peu solubles lorsqu'ils se font jour.

 

   Au sein d'un Groupe archaïque et d'une idéologie quelconque (qui constituent un refuge) l'individu ne vise qu'à sauver sa peau; et des luttes internes continuent d'exister pour s'y sécuriser soi-même du mieux possible... L'affirmation d'une Identité est l'aboutissement de cette démarche. L'on s'arroge un statut sur l'échiquier social, et l'on s'y cristallise hélas.

[ Rappel : la coopération dans un Groupe n'est que partielle et intéressée, car instincts et conditionnements archaïques restent actifs chez les individus, inconscients du problème : inattention à « l'autre », Peur, Fuite, concurrence, réflexes d'Agressivité/domination, d'Appropriation et d'accumulation, instinct Grégaire, course à la Hiérarchie, Autorité/soumission... continuent de le gouverner. ]

 

L'individu ainsi conditionné aura tout intérêt à « marquer son territoire individuel » par le biais d'une Identité suffisamment affirmée au sein du Groupe, avec pour conséquence désastreuse de retrouver chacun piégé dans cette stratégie archaïque...

Chacun se voit désormais formaté, conformé dans une attitude de séparation d'avec son semblable.

 

   L'Identité est une projection, une appropriation au plan psychologique de lieux, de personnes ou de choses, de statuts et d'idéologies diverses, et de comportements égocentriques qui s'y rattachent. 

De même qu'il existe une Identité individuelle (au sein d'un Groupe), il existe une Identité de Groupe (en concurrence virtuelle avec les autres Groupes).

 

En s'affirmant à travers une Identité, un caractère superficiel et stéréotypé, l'individu et le Groupe contemporains refabriquent le masque, les peintures de guerre et autres totems primitifs, derrière lesquels se dissimulaient et s'affirmaient déjà les sauvages les moins évolués (les plus conditionnés).

L'Identité est le masque contemporain de la Peur archaïque.

Représentation de soi-même « aux yeux des autres » : image de soi et image des autres tout autant. Les relations humaines se réduisent à « un rapport entre images » (selon l'expression de Jiddu Krishnamurti). Relation entre préjugés, somme toute, et non plus relation humaine véritable.

L'Identité est une illusion, à la fois individuelle et collective, que se renvoient par effet de miroir les uns et les autres. Une façade – et une face que l'on s'efforce de sauver ! - derrière laquelle la vraie personne se meurt peu à peu... supplantée par l'illusion Identitaire, expression d'une violence multi-millénaire. Insécurité intérieure et insécurité sociale.

 

   L'Identité formate et étouffe la personnalité vraie, sensible et profonde, en lui superposant un personnage composite et fabriqué : masque déformant et ordurier qui vient amoindrir et tuer la prime innocence de la jeunesse. Carapace indécente, qui scelle à jamais dans sa tombe la belle individualité et la rencontre avec l'Autre... Car le vrai "je" n'est pas quelque chose de figé : il est vivant, sensible, ouvert et accueillant.

[ Nota :  l'Identité n'est pas l'individualité. Il est important de créer cette distinction. L'Identité est fragmentée et l'indidvidualité est entière.
             Le caractère est superficiel et réactif, et relève de l'Identité. La personnalité est profonde, sensible et accueillante.]

 

Concrètement, en quoi consiste une Identité ?

Elle est une forme de possessivité (plus ou moins affirmée), une armure et la marque d'un territoire formel au delà duquel on a rejeté « l'autre » par principe.

 

L'on peut s'identifier à tout cela qui évoque ou gratifie les instincts archaïques :

 

. à des lieux et territoires (mon pays, ma région, ma ville, mon quartier, ma propriété).

 

. à des possessions, des entités matérielles ou humaines (mes biens divers, ma maison, ma voiture, mon argent, mes parents, ma femme ou mon mari, mes enfants, ma petite amie, mon chien ou mon chat, …) au point de n'être plus libre soi-même et d'empêcher autrui de l'être.

 

. à des Groupes divers, prioritaires ou exclusifs (race, tribu, nation, famille, entreprise, couple, cercle de proches et amis privés, copains, cercle professionnel et autre, militantismes divers, communauté, collectivité, génération et « âge » aux attitudes stéréotypées et conformes, ...).

 

. à un nom et un prénom hérités, dont l'écho et les origines nous formatent inconsciemment à des comportements présupposés. En outre, le fait d'être doté de papiers d'identité en impose fortement à l'inconscient conditionné; artefact qui prend l'allure d'une évidence absolue.

 

. à une « niche économique et sociale » (ou « os à ronger » : gagne-pain, job / et position sociale assurée : bon poste dans la hiérarchie sociale, influence ou prestige acquis au sein de la société, …) pour laquelle l'être humain perd aisément toute notion de moralité...

 

. à des leaders, dans les différents domaines de la vie (chefs de famille, et autres dirigeants, personnages et clichés idéaux, idolâtrie, célébrités confortantes, …).

 

. à des idéologies diverses, des croyances, des mythes collectifs (très puissants dans l'inconscient de l'être-humain conditionné). Notamment, les valeurs imposées d'un Groupe. 

 

. à des gestuelles sociales codifiées, support des luttes d'influence dans la société : échelon hiérarchique, position sociale implicite, statut prestigieux, formalismes qui suggèrent un statut, une qualité, et même « anti-conformisme » de principe - qui est un conformisme qui s'ignore) ; idéologies dans l'air du temps, attitudes stéréotypées et valorisantes que l'on valide pour cette seule raison, maniérisme que l'on singe au sein du Groupe pour être comme tout le monde, pour jouer l'important, le dominant.

 

. à des opinions arrêtées, des goûts personnels très restrictifs, des traits de caractère acquis et intensifiés : repères protectionnistes, ou simplement sécurisants par leur côté habituel; c'est l'idée fixe qu'on a de « soi-même »; ...à une compétence, une habileté particulière que l'on s'arroge aux yeux d'autrui (au lieu de la partager et la transmettre). 
...l'on s'identifiera volontiers à une langue, à un accent linguistique très typé (national, régional, etc.), à des clichés "culturels" divers, et autres fétichismes...

 

. à des habitudes quotidiennes, des privilèges anciens, des rituels variés, qui inspirent faussement un sens de sécurité par l'assurance de leur répétition...

  ...et à tant d'autres archétypes émanant des conditionnements archaïques.

     De façon générale : la culture ambiante et son mode de vie, indiscutés, au mépris
     du bon sens.

 

. à des expériences et des souvenirs personnels ressassés : heureux ou malheureux, exaltants ou traumatisants, qui cadrent plus ou moins bien avec cette image fictive de soi-même... véritable agrégat en positif et en négatif eu égard à cette image.

 

. etc, etc...



   Quand bien même l'Identité renouvelle sa garde-robe et ses identifications, son apparence fictive et sa rigidité demeurent ! Les relations humaines en sont faussées et inauthentiques. 

   Ainsi, la remise en question de l'un des éléments qui façonnent cette Identité... constitue pour
moi un motif d'insécurité ou d'Agressivité. 

  Or, l'égo n'est pas la véritable personnalité : c'est une personnalité factice et archaïque, 
une idée de soi figée, formatée et préfabriquée par les conditionne-ments et archétypes qui en découlent. En ce sens, l'Identité est une illusion sécuritaire à laquelle on s'agrippe.

Mais «Je est un autre»...  (Rimbaud).   Oui, puisqu'il n'est pas l'Identité ; puisqu'il est vivant, sensible et ouvert...

 

   Tous ces réflexes identitaires, toutes ces identifications individuelles ou collectives, viennent entériner au final notre incapacité à vivre ensemble : entre individus et sociétés se réclamant d'identités différentes, incompatibles entre elles tôt ou tard, à différents degrés.

Penser créer ainsi une société harmonieuse est hélas un aveuglement qui s'ignore, pavé ici et là de bonnes intentions, certes, mais aussi de réflexes archaïques dépassés : la tolérance entre nous est certes indispensable mais ne suffira pas !

Il nous faut aller beaucoup plus loin que la tolérance, c'est-à-dire aimer.
Et pour cela, non pas invoquer l'amour, mais remettre en question nos identités, croyances, idéologies, privilèges et autres habitudes asociales. Avec une humilité retrouvée, une certaine innocence, un vrai bonheur peut se faire jour.

« La tolérance » invoquée est elle-même une croyance, une idéologie non-objective : un voeu pieux pour fuir la difficulté apparente d'une remise en question de chacun; ou bien pour être dans l'air du temps, s'arroger un statut bien-pensant sans se soucier de réalisme...

Mais nos valeurs entrent en collision : elles sont conflictuelles par essence.

 

L' Identité de Groupe : en concurrence avec d'autres Groupes, est le même processus que celui de l'Identité individuelle.

C'est la cristallisation, au plan psychologique, de l'instinct de Groupe archaïque.

C'est une image collective, une image fictive de soi et des autres, et que l'on prend à tort pour la fraternité. ( Elle altère le sentiment véritable de fraternité auquel elle se mélange.)

Cette identité collective émane des valeurs imposées au sein d'un quelconque Groupe auquel on appartient. L'individu, s'il veut être accepté, aura donc tendance à s'identifier à ces valeurs et à leur manifestation extérieure : slogans identitaires, drapeau, hymne national, costumes stéréotypés, uniformité, ''singularisation'' de soi selon des codes propres à ce Groupe, dictature implicite des moeurs, des goûts, de l'apparence et du comportement, du langage, etc.

   Au sein de ce Collectif, l'individu est étroitement tenu serré par l'addition de chaque Peur individuelle : sa liberté est amputée, car il est tenu en respect par les autres individus avec lesquels il a passé contrat, d'une certaine façon, et qui le sanctionneront durement s'il s'écarte du code des valeurs arrêtées. Lesquelles peuvent être explicites ou implicites, et sont archaïques en filigrane.

 

L' Identité de Groupe est l'expression assumée d'un embrigadement collectif.

...une dynamique stéréotypée, un logiciel discipliné, qui libèrent tous leurs automatismes et programmes instinctifs dans les consciences.

 

Conclusion sur l' Identité : elle est une stratégie sécuritaire au sein d'un Groupe archaïque.

Elle consiste à jouer un personnage, un rôle, au sein d'une société, dans le but d'être craint ou respecté « aux yeux des autres »...

Elle est la projection des instincts sécuritaires dans une sphère psychologique, une bulle imaginaire.

 

« Etre identique à » une image que l'on nous a collée sur le front, et qu'il faut assumer; ou que l'on s'est fabriquée soi-même. C'est une image figée et revendiquée de soi-même ou de « l'autre », mais qui n'est plus la vraie personnalité, la vraie personne.

Sur l'échiquier social et concurrentiel - càd au sein d'un Groupe archaïque où l'insécurité persiste - elle permet d'être identifié et d'identifier « l'autre » et ses potentialités. 

 

  De par ce contexte social, peu amène pour l'individu, le sens d'Identité s'est érigé en quasi-instinct chez l'être humain contemporain.

( Ce processus s'est renforcé au fil des millénaires chez l'être humain.
Il s'observe aussi dans le monde animal où l'Identité, à son stade le plus simple, consiste à être reconnu des autres par des signes distinctifs évoquant le danger ou la séduction : ils peuvent être purement factices, et ne pas représenter l'être réel que l'on est.)

 

En créant une Identité hermétique, on entérine une division d'avec l'Autre.

Et, là où il y a division, il y a conflit tôt ou tard : dans le monde des relations humaines, la division est germe de concurrence et de violence.

Vous souffrez ? Que m'importe...

« Pourquoi me tuez vous ? » ( nous dit Pascal ) ...Mais, c'est que je ne vous vois pas, tout simplement ! Vous n'appartenez pas à mon modèle de pensée, à mon cadre étroit de référence, au paradigme imaginaire de mes valeurs...

J'ai créé une image, une abstraction de « vous », qui n'entrez pas dans le monde hermétique de mon Identité, et de mes relations prioritaires. Je ne vois plus la réalité, mais seulement une partie de celle-ci ; l'autre partie du réel est teintée, maquillée ou éludée par mes illusions égocentriques.

Egocentrique, moi ? Mais, pas plus que les autres !...  Certes, mais c'est déjà trop. Car demain, vous et moi, nous nous entretuerons. Socialement, économiquement, etc.

Faute d'avoir aperçu en nous notre conditionnement; faute d'avoir su nous regarder, nous parler, nous estimer.

Eternelle répétition du sordide et de tant de souffrances inutiles...


   L'Identité revendique et légitime tout ou partie des conditionnements précédemment décrits, qui viennent s'agréger et se cristalliser en elle.

En ce sens, elle est un conditionnement très dangereux. 

 

 

 

h ) Je n'en ai pas la place ici, mais il reste à exposer que la Peur archaïque et ses conditionnements ont pour conséquence d'être la barrière-origine de séparation entre conscient et subconscient conditionnés (''sous-ensembles parasites'' de la conscience et de l'inconscient non conditionnés).

.Soit une vaste partie de la Conscience ainsi verrouillée...

   Fragmentation de la conscience, réflexe de refoulement du réel, eu égard à la Peur, à ses stratégies, et aux interdits sociaux arbitraires qui en découlent. 
Il s'agit d'un conditionnement asocial, en ce sens qu'il est une violence faite à soi, du fait de cette division brutale de la conscience, refoulée et fragmentée, scindée en deux, disciplinée dans le mensonge ambiant. 

 - Derrière ce « Moi » que les psychologues disent si puissant, ne s'abrite en réalité que la Peur ordinaire du petit oiseau en mal de se sécuriser voire s'imposer, avec ses protections sommairement agencées pour mieux fuir ou se dissimuler, dominer, etc.

Voyons toute la sottise d'un instinct aussi simple et désuet à présent !

   Cela en soi est une chose considérable à comprendre : c'est la clé à une prise de liberté intérieure. Une manière plus profonde et plus efficace d'aborder et de dépasser les problèmes d'ordre psychologique, en ne posant plus l'identité comme la clé de voute de la personne.

Sur ce point, les psychanalystes se sont fourvoyés ; ils ont confondu individualité et Identité dans leurs contours...

 

    Avec aussi d'autres conséquences et aliénations qui en résultent, qu'il n'est pas nécessaire de beaucoup décrire : refoulements, dérivatifs, dépendances, réflexes psycho-somatiques, déviances du comportement, usage de drogues et expédients divers, sur-investissement et sur-estimation de soi dans une spécialité, dans une bulle, fuite dans l'imagination, etc,

...conséquences d'une perte de sens des relations humaines et de la vie.

  (Perte de l'équilibre et du bien-être.)

 

 

 

 

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                   Conclusion sur le conditionnement asocial.

 

 

   Le conditionnement asocial, sous la forme archaïque ou contemporaine, agit de façon inconsciente sur les comportements individuels et collectifs.
Il est un parasitage redoutable, qui ne permet pas à la dynamique de Vie de s'épanouir durablement.

C'est ici la fâcheuse et, au final, la désastreuse posture de la condition humaine.

 

   En effet, on ne peut se défaire d'un conditionnement dont on n'est pas même conscient : il resurgit toujours, tirant vers le bas les élans d'une nature humaine fondamentalement bienveillante et solidaire.

Mécaniquement, ce conditionnement archaïque vient à nouveau diviser et briser les premiers achèvements de liberté et de coopération. L'espérance de ce dernier siècle, d'une apogée entrevue pour l'Humanité, se fissure... Jour après jour, la société humaine voit sa destinée empirer, se demandant par quel sortilège elle se voit condamnée aux polémiques stériles et à l'inaction, alors même que le péril de son auto-destruction ne fait que grandir.

Par une action mécanique implacable, le noeud coulant du conditionnement sécuritaire - apeuré, prédateur et grégaire, identitaire - se resserre à plus ou moins long terme sur une société quelconque et la fait imploser. Au fil des jours et des années, la dynamique de Vie est sapée par le développement du conditionnement asocial, dont la nature même est d'étendre son influence.

Ceci, notamment, par le biais « des plus prédateurs », qui impriment cette impulsion au sein de la culture et du Groupe, qu'ils finissent par diriger.

D'où les inéluctables déclins de « civilisations » que l'Histoire donne à observer...

 

   De cette étude synthétique de la nature humaine, il ressort « qu'homo-sapiens » est condamné à s'auto-détruire à court terme, après avoir pressuré la Terre comme un citron.

Car l'explosion technologique, alliée à la surpopulation, a dramatiquement affecté les paramètres et la capacité de nuisance de l'être-humain.

...Sauf pour lui à prendre rapidement conscience de ce conditionnement archaïque et à l'abandonner.

Ne plus s'y fourvoyer : aucune survie possible avec ce type de comportements et d'organisation sociale. Nous en voyons aujourd'hui les limites.

Il nous faut amorcer le virage au plus vite.

 

   On me dira qu'il y a grande illusion à espérer voir l'être-humain abandonner tout-à-coup ses conditionnements archaïques, « pour accéder enfin à la sagesse et à l'Amour !»

Mais je dis qu'il y a plus grande illusion encore, à espérer sauver l'humanité dans une fuite en avant, par les procédés mêmes qui l'ont conduite à la ruine...

C'est un aveuglement. Il est indispensable de prendre en compte les conditionnements et de s'en éloigner.

Les approches archaïques font partie du problème : nous vivons une crise des relations humaines suicidaire, qui a aussi provoqué une crise environnementale sans retour.

 

   Cette conclusion terrible ne l'est toutefois que pour les esprits les moins jeunes d'entre nous, les plus conditionnés, qui n'entrevoient plus la faculté de créer d'autres rapports humains, ni d'autre organisation matérielle et sociale...

Pour ceux qui sont restés jeunes, pour ceux qui le sont encore, la chose sera plus aisée.
(«...la jeunesse n'est pas une question d'âge, c'est un état d'esprit.»)
 

   C'est ce que nous explorerons avec eux, avec plus d'optimisme, dans la partie finale de l'ouvrage.

 

 

 

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            Liens vers :


         - Bref résumé de ces notions.

         - Chapitre suivant :  La société humaine conditionnée.

            Conséquences des condtionnements asociaux dans les différents domaines de la vie :

               Organisation sociale / Economie / Politique / Relation à la nature et à l'Univers /
               Relations humaines et isolement / Féminin-masculin / Education /... / Médias /
               Le scientifique et l'artiste / La liberté et l'Amour / Sens de la Vie...